Risques naturels, réchauffement climatique et intensification des extrêmes hydrologiques
Le risque d'inondation
Crue : phénomène caractérisé par une montée plus ou moins brutale du niveau d'un cours d'eau. La crue ne se traduit pas toujours par un débordement du lit mineur. On caractérise d'ailleurs les crues par leur probabilité de retour chaque année. Les crues saisonnières (habituelles) sont des phénomènes naturels, qui sont essentiels au maintien de la diversité des milieux aquatiques et des services rendus par la nature.
Inondation : Débordement d’un cours d’eau lors d’une crue sur une zone habituellement hors d’eau. Ces zones inondées correspondent aux champs d’expansion des crues, aussi appelés lits majeurs. Une inondation peut aussi survenir par ruissellement à la suite de fortes précipitations, où l’eau se concentre et s’écoule en dehors des cours d’eau (en secteurs de forte pente).
Débit moyen d’une journée (m3/s) :
| Crues par période de retour |
La Jordanne (Aurillac) |
La Cère (Vic /Cère) |
L’Authre (Ytrac) |
Le Roannes (St Mamet) |
| Biennale (2 ans) | 40 | 44.3 | 25.4 | 11.3 |
| Quinquennal (5 ans) | 53 | 59.1 | 34.4 | 16.9 |
| Décennale (10 ans) | 62 | 68.9 | 40.3 | 20.7 |
| Vicennale (20 ans) | 70.5 | 90.3 | 53.4 | 28.9 |
| Cinquantennale (50 ans) | 81.5 | 90.3 | 53.4 | 28.9 |
La crue de 2021 a atteint 66 m3/s à Aurillac le 1er février.
Vues de drône ©Léo Pons
Sur le territoire, la Cère, la Jordanne et les autres cours d’eau débordent fréquemment lors des crues hivernales. Ce phénomène est essentiel à la fertilisation des sols et à la recharge des nappes. Il est ainsi primordial de pérenniser des espaces où le cours d’eau déborde facilement, dans des plaines, en amont des zones plus vulnérables à l’inondation.
L’histoire de l’aménagement des territoires nous apprend qu’en cherchant essentiellement à évacuer l’eau au plus vite, on peut créer de gros dégâts plusieurs kilomètres en aval. Ralentir le cheminement de l’eau permet d’atténuer l’intensité d’un pic de crue. C’est notamment pour cela que la gestion des cours d’eau et du risque d’inondation se fait à l’échelle des bassins-versants.
Le risque de sécheresse
Étiage : période des plus basses eaux en rivière. À cette période, les cours d’eau sont uniquement alimentés par des eaux souterraines (pas de ruissellement). L’étiage survient généralement l’été, mais des étiages hivernaux ont déjà été observés.
Sécheresse hydrologique : Un déficit de pluie prolongé se répercute sur le niveau des cours et des nappes phréatiques. Au fur et à mesure de la période, les rivières sont moins alimentées par les nappes phréatiques ; elles peuvent descendre bas, jusqu’à l’assec. Cette situation représente un risque pour l’accès à l’eau, même pour des usages vitaux, puisque seule la pluie peut recharger les stocks et cela se fait lentement.
L’année 2025 se caractérise par la précocité de l’étiage. Dès le mois de juin, les débits sont sous 1 m3/s. Ce seuil de 1 m3/s peut être identifié comme le minimum pour un bon fonctionnement biologique de la Cère, de la Jordanne, et dans une moindre mesure de l’Authre.
La sécheresse a un impact direct sur la faune aquatique et sur la végétation. C’est la durée de la sécheresse et sa répétition dans une saison qui va déterminer la sévérité de son impact.
Concernant la consommation humaine et du bétail, il n’existe pas de restrictions réglementaires à ce jour. En revanche de nombreux agriculteurs, estivants, connaissent des difficultés pour abreuver les animaux, voir les redescendent précocement. Sur l’eau potable, plusieurs villages cantaliens voient leurs réserves littéralement à sec et doivent se ravitailler par camion-citerne, aux dépens des coûts engendrés et des réserves d’eau des collectivités voisines.
Les changements hydrologiques dus au réchauffement climatique
Dans le Cantal, la raréfaction de la neige, en nombre de jours et en cumul, est un des effets du réchauffement climatique constaté depuis déjà quelques décennies. Si la neige tombe moins, les précipitations sur une année restent et resteront globalement stables. En revanche, la pluie tombera sur moins de jours dans une année, mais de façon plus forte. Le Cantal n’est pas épargné par l’élévation moyenne des températures, du fait de la recrudescence de vagues de chaleur estivales et de la douceur des hivers et des débuts de printemps.
A l’échelle des cours d’eau, la saisonnalité des débits se voit modifiée :
- Au printemps, les cours d’eau sont moins alimentés par la fonte de neige. L’évapotranspiration (transpiration de la végétation) démarre plus tôt à la fin du printemps. Donc, la période d’étiage peut démarrer plus tôt également, avec des nappes phréatiques moins bien rechargées. Le risque de pluies intenses est également accru.
- À l’été, les périodes longues sans pluie significative deviennent fréquentes, et les vagues de chaleur aussi. La période d’étiage se prolonge, et des (tronçons de) cours d’eau deviennent intermittents ; c’est-à-dire qu’ils ne coulent plus qu’une partie de l’année.
- L’automne pourra voir la période d’étiage se prolonger, même si moins de changements sont attendus sur cette saison.
- L’hiver sera plus doux et peu enneigé. Les précipitations se feront davantage sous forme de pluie.
D’une façon générale, les débits baissent et les périodes d’étiage se rallongent. Ces conditions sont propices à des réchauffements de l’eau au-delà des seuils tolérables par la faune aquatique. L’analyse des débits à Vic-sur-Cère nous montre qu’au mois de septembre, mois réputé pour les plus faibles stocks d’eau, le débit de la Cère a chuté de 70% depuis 1959.
Les informations fournies proviennent de l’étude AP3C des chambres d’agriculture du Massif central (2021), des projections climatiques Météo France Climadiag, de EauFrance et des données collectées par la cellule GEMAPI Cère amont. Il s’agit de tendances statistiques, qui contiendront toujours une certaine variabilité.
Du côté de la biodiversité, de la faune et de la flore, ces modifications climatiques font peser un stress sur toutes les populations, qui peuvent alors s’affaiblir d’années en années. Il va aussi de soi que l’apparition de tronçons en assec provoque une disparition totale de la faune aquatique.
Les solutions fondées sur la nature pour adapter le territoire
Il y a une ligne directrice à conduire sur le long terme : ralentir le cheminement de l’eau et lui permettre de s’infiltrer dans les sols. Pour y parvenir, permettre aux milieux de fonctionner le plus « naturellement » possible présente une partie des leviers d’actions nécessaires à activer.
- Conserver et restaurer des zones humides, en accompagnant techniquement et financièrement les propriétaires et agriculteurs.
- Encourager les pratiques agricoles qui favorisent la rétention de l’eau dans les sols.
- Désimperméabiliser les sols et favoriser l’infiltration in situ des eaux de pluie.
- Lutter contre l’incision de certains cours d’eau et redonner de la sinuosité à certains tronçons pour ralentir l’eau , augmenter les contacts nappe/rivière, et permettre les débordements dans des zones dédiées.
- Favoriser des ripisylves larges et diversifiées , afin d’empêcher les crues d’emporter les berges et de limiter l’échauffement et l’évaporation de l’eau.
Plan de prévention des risques
Le Plan de prévention des risques « inondation » (PPRi) est un document établi par l’État en concertation avec les collectivités, qui réglemente l’utilisation des sols et les activités soumises à des risques naturels (PPRn) ou technologiques (PPRt). Le PPRi s’impose à tous notamment lors de l’instruction des permis de construire.
Sur le bassin versant Cère amont, les communes sur lesquelles un PPRi existe sont :
- Aurillac
- Arpajon sur Cère
- Saint-Simon
- Velzic
- Vic-sur-Cère
Les arrêtés sécheresse
Des restrictions d’usage sont déclenchées par l’atteinte de certains débits. C’est la station hydrométrique de Vic-sur-Cère qui fait référence pour le bassin Cère amont. Ces restrictions concernent l’arrosage, l’irrigation, le nettoyage de certains équipements, le remplissage des piscines privées, etc.
Seuil des débits par niveau d’alerte – la Cère à Vic-sur-Cère
| Vigilance | Alerte | Alerte renforcée | Crise | |
| Débit (l/s) | 460 | 300 | 240 | 200 |