GEstion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations
Qu’est-ce que la GEMAPI ?
Depuis le 1er janvier 2018, dans un souci de clarification et d’efficacité de l’action publique, les questions relatives à la gestion des milieux aquatiques et à la prévention des inondations a ont été confiées aux intercommunalités. Elles forment une nouvelle compétence, désignée par l’acronyme GEMAPI (GEstion des Milieux Aquatiques et la Prévention des Inondations) .
Une démarche territorialisée forte en découle alors, en trois temporalités phares :
- Un diagnostic exhaustif des milieux aquatiques du territoire,
- en parallèle et tout au long de la démarche, la concertation des acteurs et usagers de l’eau et des milieux aquatiques,
- enfin, la mise en œuvre d’actions et de travaux pour la conquête du bon état écologique.
Ces actions reposent sur quelques principes interdépendants : une gestion durable et équilibrée de la ressource en eau ; une préservation/restauration de la santé des écosystèmes aquatiques et de leurs services rendus, et, in fine, la préservation et l’amélioration de la qualité de l’eau.
Le bassin versant de l’amont de la Cère
Le bassin versant Cère amont désigne la Cère et l’intégralité de ses affluents, des sources, en haut des monts du Cantal, jusqu’au barrage de Nèpes. Il s’étend, dans le Cantal sur les territoires, de la Communauté de Communes Cère et Goul en Carladès, d'Aurillac Agglomération et de la Communauté de Communes de la Châtaigneraie Cantalienne*. Dans un contexte de basse et moyenne montagne, Il recèle, sur une surface de 735 km2, d’un réseau très dense d’environ 1 300 km de cours d’eau, un peu plus de 22 km2 de zones humides, auxquels s’ajoutent les 560 ha du lac de barrage de Saint- Etienne-Cantalès.
Quels sont les enjeux ?
Les enjeux liés à la qualité de l’eau et aux milieux aquatiques sont nombreux et s’appréhendent souvent au-delà du lit des rivières. Il s’agit de la préservation des écosystèmes et des ressources, de la sauvegarde des milieux humides, de la prise en compte des phénomènes d’inondation, et du maintien des activités contribuant au développement du territoire.
Les axes de travail sur le bassin Cère amont sont :
- L’eutrophisation du lac de Saint-Etienne-Cantales et ses eaux non conformes à la baignade ;
- La rénovation des systèmes d’assainissement ;
- L’impact de certaines pratiques de culture et d’élevage sur l’état des cours d’eau (ruissellement, piétinement des berges, pesticides, …) ;
- Les nombreux obstacles anthropiques à la continuité écologique et sédimentaire, tels que les seuils en rivière ;
- L’aménagements et l’artificialisation des berges et des fonds de vallées dommageables à l’équilibre écologique et physique des cours d’eau ;
- La conservation de la faune et de la flore patrimoniale (moule perlière, loutre, truite fario, flore inféodée aux zones humides, ...) ;
- Les conséquences de l’accentuation du réchauffement climatique et des extrêmes hydrologiques (sécheresses et inondations) ;
- L’importance de cultiver une connaissance du risque et de la fragilité des milieux auprès des habitants.
L’Entente Intercommunautaire et le Contrat de Progrès Territorial 2023-2027
3 intercommunalités sur le bassin-versant
Les trois Intercommunalités ont formé l’Entente Intercommunautaire Cère amont pour mettre en place la nouvelle compétence GEMAPI à l’échelle du bassin versant. Elles contribuent au financement des actions avec le soutien financier et technique de l’Europe (FEDER), de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et du Conseil Départemental. Le service, basé à Aurillac, est composé de 3 agents. (cf. Vos interlocuteurs).
Le diagnostic écologique
L’identification des enjeux et les actions à mettre en place sont le résultat d’un long diagnostic des cours d’eau initié en 2019. C’est une étape d’étude longue et pointilleuse, lors de laquelle les cours d’eau sont arpentés, et où de nombreux critères sont évalués et consignés dans un atlas : type de cours d’eau, nature du fond, naturalité des berges, espèces végétales, densité de la végétation, usages du cours d’eau, etc…
Si depuis 2020, 200 km de cours d’eau ont été diagnostiqués sur le bassin-versant, cette phase d’étude se poursuit toujours.
Le Contrat de Progrès Territorial
Afin de fédérer le territoire et ses élus autour de ces problématiques émergentes, de structurer les actions et d’obtenir des financements, notamment, de l’Agence de l’Eau Adour Garonne, un Contrat de Progrès Territorial (ci-après « CPT ») a été conclu et signé en 2023, pour une durée de 4 ans.
Cet outil permet de partager l’état des lieux des milieux et les actions prioritaires, et de sécuriser un budget. Le plan d’action contenu dans ce contrat possède 4 volets :
- Hydromorphologie : il s’agit de renaturer et de restaurer certains tronçons ou cours d’eau impactés morphologiquement et physiquement par des activités humaines passées ou présentes.
- Végétation & biodiversité : il s’agit, par exemple, de permettre à la végétation de berge de s’exprimer pleinement pour favoriser la biodiversité et contribuer à la qualité de l’eau.
- Qualité & quantité : ce vaste volet concerne à la fois la préservation des zones humides, le suivi scientifique de nos milieux, ainsi que la rénovation des systèmes d’assainissement et l’entretien des réseaux pluviaux.
- Animation : il s’agit ici des actions pédagogiques à l’attention de tous les publics et du travail dédié au portage des projets et à la concertation avec les services et acteurs locaux.
Il est important de noter que cette démarche contractuelle dépasse la GEMAPI, au sens strict, pour agir plus largement sur les sources d’altérations potentielles des cours d’eau et de la ressource en eau ; comme c’est le cas avec l’inscription d’actions liées à l’assainissement des eaux usées.
Plus d’infos sur l’assainissement sur le territoire d'Aurillac Agglo
Des actions & des travaux
Les travaux et les aménagements prescrits dans le CPT sont portés et financés par chacune des trois intercommunalités sur leur territoire propre. Certaines actions globales, telles que des études et des suivis, sont co-financés. Toutes sont le résultat de l’expertise de la cellule GEMAPI, qui permet de prioriser les actions et de porter une vision systémique des enjeux environnementaux.
Restauration de la ripisylve de la Jordanne à la Ponétie (Aurillac) ;
Entre les espaces de sports et de loisirs de la Ponétie et les prairies agricoles, la Jordanne était dotée d’une végétation de berge maigre et non diversifiée : des alignements de peupliers. Ces derniers présentaient des risques de chutes avérés, d’autant plus qu’ils sont une espèce non adaptée aux cours d’eau et offrent un mauvais maintien de berge et de maigres conditions d’accueil pour la biodiversité.
Le chantier, en 2024, a consisté en l’abattage de 200 peupliers, et à l’implantation d’un cortège d’essences diversifiées (sureau, noisetier, frêne etc.). Côté prairie, une clôture neuve a été implanté, en retrait de la berge pour laisser un corridor vert s’exprimer. Deux descentes aménagées pour l’abreuvement des bovins ont également été réalisées pour éviter le piétinement des berges.
Il faut maintenant surveiller la reprise de la végétation et attendre que ce nouveau corridor naturel se développe pleinement.
Entretient de la dynamique écologique et valorisation de la Jordanne à Velzic ;
Dans la seconde moitié du XXe siècle, une carrière a été exploitée à Velzic, en plein lit mineur de la Jordanne. L’abandon de l’exploitation en lit mineur, et son interdiction au niveau national, a laissé un paysage ouvert où la Jordanne à peu à peu repris ses droits, mais avec des stigmates physiques forts, dus au déficit de sédiments provoqué. Pour maintenir ce milieu ouvert et dynamique, rare sur la vallée, il a fallu éviter que la rivière s’encaisse en demeurant rectiligne et lui permettre de méandrer et de déborder facilement.
Un éclaircissement sélectif de la végétation et le retrait de quelques embâcles ont permis d’ouvrir de nouvelles trajectoires à la Jordanne et de maintenir une végétation pionnière sur ses abords.
Préservation du ruisseau du Mamou en contexte pastorale ;
La divagation des bovins dans les cours d’eau, notamment les ruisseaux, est fréquente sur le territoire. Ceci a de multiples impacts sur la santé de l’écosystème, et aussi sur la qualité de l’eau (que boit le bétail) : piétinement de la végétation, effondrement des berges, manque d’ombrage, mise en suspension de terre, déjections directes en cours d’eau.
La zone humide de Boussac est un milieu de 7 ha, fragile et riche en biodiversité. Proche des sources du ruisseau de Mamou, elle présente un enjeu particulier pour la qualité de l’eau et les habitats aquatiques en aval.
En dialogue avec les éleveurs, les travaux consistent à clôturer le cours d’eau et à proposer des points d’abreuvement stabilisés, où les bovins viennent s’abreuver sans abîmer le cours d’eau.
Sur le ruisseau du Mamou, ces interventions vont se poursuivre sur les années à venir, afin de protéger un linéaire important depuis les sources.
Suivis hydrologiques et biologiques des cours d’eau ;
La surveillance au long court de plusieurs paramètres sur les cours d’eau est primordiale pour connaître, comprendre, alerter et agir. Plusieurs études et campagnes de mesures sont réalisées en internes, sur la qualité de l’eau, la température, le suivi des sécheresses et des inondations. D’autres partenaires locaux réalisent de précieuses études, par exemple sur la faune et la flore.
Animations et éducation populaire ;
Agir pour les milieux aquatiques, c’est aussi, et peut être avant tout, agir sur les consciences. Sensibiliser sur la fragilité et la richesse de l’environnement, communiquer sur les bonnes et les mauvaises pratiques, sur les données scientifiques, et sur les motivations des actions de la cellule GEMAPI, là est une des clefs pour une meilleure prise en compte des enjeux liées à l’eau et aux cours d’eau et à une meilleure acceptation des actions. Des animations sont organisées pour les enfants de primaire, dans plusieurs écoles, au gré des demandes et des disponibilités. D’autres moments ont aussi vu le jour, comme la participation à la fête de la science en 2024 à la Cité des Congrès, ou la participation à la fête de la Plantelière.
De nombreuses actions sont menées par d’autres porteurs de projets sur le bassin versant ; comme la fédération de pêche ou le Conservatoire d’Espaces Naturels. L’équipe de la cellule GEMAPI est incluse dans l’élaboration de ces actions et peut apporter ses compétences techniques ainsi que des financements.
Contrat de Progrès Territorial du Bassin Cère Amont 2023-2027