Un état des lieux consciencieux du bassin versant est un préalable nécessaire pour mener des actions cohérentes.

Présentation générale

La Cère est un affluent de la Dordogne long de 120 km. Pour sa gestion, son bassin-versant est divisé en une partie amont et une partie aval.

Le bassin amont, dénommé Cère amont, s’étend des sources, dans les monts du Cantal (à plus de 1800 m d’altitude), jusqu’aux collines de la Châtaigneraie cantalienne. La succession des barrages de Saint-Etienne-Cantalès puis celui de Nèpes marque la limite aval de ce territoire hydrographique, avec une altitude de 440 mètres à son exutoire. Sur le bassin Cère amont, ce sont plus de 1 300 kilomètres de cours d’eau qui façonnent un espace de 735 km².

La Cère et la Jordanne conservent un caractère sauvage sur leur partie amont.

Les têtes du bassin versant sont situées en zone de moyenne montagne et sont ainsi exposées à un climat montagnard, caractérisé par d’importantes précipitations et chutes de neige (1200 mm/an à Aurillac, 2000+ mm/an au Puy Mary), et une moyenne annuelle des températures nettement inférieure à 10°C.

Aurillac et son bassin sédimentaire marquent la fin des monts du Cantal. C’est une zone de transition pour aller, à l’ouest et au sud-ouest, vers les collines de la Châtaigneraie. Le climat s’adoucit du fait de la moindre altitude mais aussi des influences océaniques qui parviennent par l’ouest. Aurillac reçoit 1200 mm/an de précipitations et 2100 h/an d’ensoleillement (comparable à Toulouse).

Caractéristiques Hydrologiques et Géographiques

Le bassin est composé de 3 vallées principales : la Cère, la Jordanne et l’Authre, et de nombreux cours d’eau de moindre taille, notamment en Châtaigneraie. La Cère et la Jordanne ont une hydrologie très similaire, tout comme la topographie de leur bassin semi-montagnard. Avec l’Authre, elles s’écoulent, en bonne partie, dans des fonds de la vallée larges et relativement plats, dans lesquels elles ont formé des méandres.

La nature imperméable des roches et les pentes importantes sur les versants des vallées glaciaires sont deux éléments défavorables au stockage sous-terrain de l’eau. La surface en zones humides ne représente seulement 3% du territoire, alors qu’elles couvrent 4,2% de la France métropolitaine (Observatoire National de la Biodiversité). Cela s’explique à la fois par la topographie accidentée et par des pratiques de drainage et d’artificialisation des sols. La fragilité des zones humides et leur raréfaction sont des éléments de plus qui influencent défavorablement le stockage prolongé de l’eau dans les sols.

Les cours d'eau du territoire connaissent ainsi une forte amplitude hydrologique. Les débits étant très liés aux précipitations, les cours d’eau peuvent descendre rapidement, voire pour certains s’assécher, en l’absence de pluies. Nous constatons qu’en l’absence de pluie pendant 2 à 3 semaines, le niveau des cours d’eau baisse significativement. À l’inverse, lors des épisodes de redoux pluvieux en hiver, par exemple, le niveau des cours d’eau peut rapidement augmenter.

Le bassin versant Cère amont est à cheval sur quatre intercommunalités : Aurillac Agglomération, la Communauté de Commune Cère et Goul en Carladez, celle de la Châtaigneraie Cantalienne, ainsi que celle du Pays de Salers dans une moindre mesure. Située en amont du lac de Saint-Etienne Cantalès, l’Agglomération d’Aurillac, à 80% sur le bassin versant Cère amont, compte 56 000 habitants et concentre les activités économiques et industrielles du département. En s’éloignant d’Aurillac, le territoire devient rural, et le paysage est prédominé par de la prairie permanente, ainsi que par la forêt, là où les pentes sont les plus fortes.

Les freins au bon état des cours d'eau

Sur les cours d’eau et les zones humides du territoire, les pressions et altérations sont multiples, il n’y a pas de sources uniques à la dégradation de l’écosystème ou de la qualité de l’eau. On peut citer parmi les plus forts impacts :

  • Les phénomènes d’eutrophisation. L’eutrophisation est la surabondance de matière organique (azote, phosphore) dans un milieu aquatique. Cela provoque des explosions d’algues, une perte de biodiversité et une surconsommation de l’oxygène dissout dans l’eau. Ce phénomène est chronique et difficile à enrayer. Les eaux usées non ou mal traitées ou encore les épandages en excès de fertilisants, ou en dehors de la période de croissance des végétaux, sont des causes d’eutrophisation.
  • La faible fonctionnalité des ripisylves. Le terme de ripisylve désigne la végétation des berges, herbacée, arbustive et arborée. Sa présence en termes de largeur et de diversité d’espèces joue un rôle écologique majeur. En premier lieu, c’est un habitat naturel essentiel à la faune, elle est la base de la chaîne alimentaire et régule la température des eaux. Aussi, elle offre d’excellentes facultés d’épuration de l’eau qui y ruisselle. Enfin, elle présente un rôle dans le maintien des berges et la lutte contre l’érosion grâce aux racines, et permet de freiner l’eau en cas de crue.
  • La perte d’habitats aquatiques par colmatage et rectification des cours d’eau. Le colmatage des cours d’eau est le phénomène de remplissage du fond du lit par des sédiments très fins. Ce phénomène entraîne une dégradation des conditions de vie pour de nombreuses espèces aquatiques, par l’asphyxie du fond et l’impossibilité d’y pondre.
  • La rectification des cours d’eau. La rectification des cours d’eau est l’action de rationaliser la trajectoire d’un cours d’eau pour les besoins d’une activité humaine. La rectification a pour conséquence une perte nette de linéaire, une augmentation de la pente et donc de la puissance, ainsi que la perte de diversité des écoulements et des habitats. Elle peut engendrer un encaissement du cours d’eau et abaisser par conséquent la nappe phréatique qui lui est liée.
  • Les obstacles à la continuité écologique. La continuité écologique est définie comme la libre circulation des organismes vivants et leur accès aux zones indispensables à leur reproduction, leur croissance, leur alimentation ou leur abri, ainsi que le bon déroulement du transport naturel des sédiments afin de prévenir à la fois du colmatage et du déficit de sédiments grossiers. Certains seuils, barrages et ouvrages de franchissement routiers bloquent cette continuité écologique.
  • Les bouleversements hydrologiques et thermiques dus au réchauffement climatique. Le réchauffement climatique se manifeste par des hivers plus doux, des périodes d’enneigement fortement réduites, des vagues de chaleur plus intenses et plus fréquentes, des périodes sèches en toutes saisons et des épisodes pluvieux intenses plus réguliers. Ainsi, les conditions de l’environnement changent et mettent sous pression la faune, la flore et les activités humaines. Les stocks d’eau, en rivière, mais surtout souterrains, se reconstituent moins bien.
  • Les pollutions permanentes ou accidentelles. Les pollutions peuvent être d’origine domestiques (travaux, absence d’assainissement), industrielles (rejets mal traités, non-conformités) ou agricoles (stockage de lisier et de fumier non conforme, épandages excessifs, vidange de retenues). Pour prévenir et réduire les pollutions, les collectivités accompagnent les acteurs vers des pratiques plus vertueuses via des actions de sensibilisation, d’études techniques et de financement. Les mesures coercitives sont mises en place par les services de l’État ou par les maires.

Evaluer la qualité des milieux

L’état d’un cours d’eau est complexe à définir. Il peut être mesuré selon une multitude de critères, et peut varier dans l’année et le long du son parcours.

Le référentiel des agences de l’eau et de l’Europe

La Directive Cadre Européenne sur l’Eau de 2000 fixe un objectif d’atteindre le bon état des cours d’eau, à l’horizon 2027. L’évaluation se fait à l’échelle du cours d’eau ou du tronçon de cours d’eau. Elle est constituée d’un état « écologique » et d’un état « chimique ».

L’état « écologique » donne l’état fonctionnel de l’écosystème. Il est le résultat de l’agrégation de plusieurs indicateurs biologiques, hydromorphologiques et physico-chimiques. Ces indicateurs ont été définis par la communauté scientifique et suivent le même protocole sur chaque cours d’eau.

Diagnostic interne

Un travail d’évaluation des cours d’eau, davantage exhaustif, est déployé par les techniciens-rivière. L’objectif est la connaissance et la bancarisation de données sur les cours d’eau du bassin. Les cours d’eau sont parcourus en intégralité, en les caractérisant selon une grille de critères préalablement construite. Celle-ci s’attache à regarder les altérations visibles, la nature de la végétation, des berges ou du lit, les rejets suspects, les déchets, l’eutrophisation, etc.

Pour compléter cette approche et suivre les cours d’eau sur le temps long, les agents réalisent également des suivis de la température ou de la qualité de l’eau sur certains points clefs.

L’agglomération de toutes ces données va permettre de décider d’une priorisation des interventions sur les cours d’eau (ou tronçon de cours d’eau). Ce sont majoritairement les cours d’eau les plus dégradés qui sont priorisés, mais dans certains cas, c’est le bénéfice d’une action pour le milieu ou la ressource qui est retenue même si l’intervention est localisée. Les interventions sont ensuite programmées annuellement avec l’équipe GEMAPI, les partenaires locaux et les financeurs.

Dans le lit de la rivière

  • Quelle est la hauteur de l’eau, la largeur du lit ?
  • L’écoulement est-il lisse, turbulent ?
  • De quoi se compose le substrat ?
  • Y a-t-il des amoncellements de sédiments ou des agglomérats génants de branches ?
  • Des seuils empêchent-ils le transit des sédiments et la circulation des espèces aquatiques ?
  • Observe-t-on des rejets polluants ?
  • Le lit a-t-il été déplacé par le passé ?

Sur les berges

  • Quel est le profil des berges (érosion, encaissement du lit) ?
  • Quelle est la composition et l’état de la végétation ?
  • Des zones d’abreuvement du bétail sont-elles aménagées pour éviter l’érosion des berges et la dégradation de l’eau (déjections, mise en suspension de particules...) ?
  • Des actions d’entretien ou d’aménagement ont-elles été réalisées?

Dans le lit majeur

  • Y a-t-il des décharges sauvages ?
  • Quelles zones sont soumises aux risques d’inondation ?
  • Quels sont les pratiques, usages et enjeux ?

Sur la biodiversité

  • Quelles espèces animales et végétales sont présentes ?
  • Le milieu aquatique peut-il abriter des espèces patrimoniales ?
  • Y a-t-il des espèces végétales et animales invasives ?
  • Où y a-t-il les zones humides ?